Mémoires prénatales : ce qui se passe dans le ventre
Les mémoires prénatales… souvent quand je dis ce que je fais, ces mots interpellent : qu’est-ce que c’est, comment on peut retrouver ces mémoires, comment cela fonctionne ? Alors aujourd’hui je vous dévoile un peu les coulisses de mon métier, en vous parlant des mémoires en vie intra-utérine.
Que sont les mémoires prénatales en vie intra-utérine ?
Très basiquement, les mémoires prénatales sont toutes les mémoires avant la naissance.
Beaucoup de ces mémoires se situent en vie intra-utérine, donc dans le ventre de la mère, et c’est à celles-ci que je m’intéresse ici.
Je me réjouis au passage de voir de plus en plus de psychologues ou psychopraticiens s’intéressant à ce sujet. Car c’est pour moi un pan manquant dans encore beaucoup de thérapies.
Une clarification par rapport aux termes utilisés pour désigner l’enfant à naître : l’embryon, c’est avant 2 mois de grossesse et le fœtus c’est après (plus de 2 mois de grossesse et avant la naissance).
Quels sont les événements vécus en vie intra-utérine qui se retrouvent très souvent dans les séances de mes clients ?
Perte gémellaire
La perte gémellaire est la perte d’un autre embryon (ou plusieurs), tandis que nous continuons notre croissance dans l’utérus. Les grossesses gémellaires sont bien plus fréquentes que nous pourrions le croire. Il est difficile de trouver des estimations. Les chiffres que j’ai vu passer parlent d’au moins 10% des grossesses seraient multiples au début, et l’estimation est probablement en deçà de la réalité.
Ces pertes sont souvent très précoces (avant 1 mois de grossesse et la première échographie de datation), mais il peut y en avoir de plus tardives (et donc certaines seront connues dans l’histoire du client).
Ces grossesses multiples sont souvent inconnues dans l’histoire du client, mais il existe des cas où elles le sont : dans le cas d’une perte plus tardive comme mentionné ci-avant, ou s’il y a des traces physiques comme l’apparition d’un tératome particulier, appelé aussi fœtus in fœtu ou jumeau parasite, qui est un kyste avec présence d’artefacts types cheveux, dents, os voire squelette (cas rare, estimé à une naissance sur 500 000 ; probablement sous-estimé aussi puisque les kystes ne sont pas tous gênants, et donc tous enlevés). Il peut aussi y avoir des traces physiques dans le placenta, qui peuvent être observés par les sages femmes, mais qui ne seront en général pas rapportées à la mère.
Non désir
Il s’agit de la perception de ne pas avoir été désiré (par le père, la mère, des grand-parents, la fratrie…). Cette perception sera d’autant plus agissante s’il s’agit d’un des parents, en particulier la mère. Ce non désir perçu peut provenir d’une réelle non envie, qui peut être temporaire et fugace (la mère qui vient d’avoir un nouveau poste et que le moment n’est donc pas idéal), ou plus persistante (un grand-père qui ne voulait pas de son gendre et rejette son petit enfant à venir, presque par principe) ; il peut aussi provenir d’une mauvaise interprétation de l’embryon.
Précaution : il ne s’agit pas ici de culpabiliser la mère. Le père a bien entendu aussi sa part à jouer. Il reste factuel que d’un point de vue physiologique, biologique, l’état de la mère influe directement sur l’embryon ou le fœtus. Ce n’est pas pour rien que les mères reçoivent des injonctions de toutes parts quant à ce qu’elles mangent, boivent… ou pas, pendant la grossesse. Sans oublier les injonctions quant à leur état émotionnel ! Néanmoins, il ne s’agit pas ici de blâmer mais de donner des éléments de compréhension sur ce que vous pourriez avoir vécu, ou de prévention si vous êtes des parents en devenir. Et par rapport à l’état émotionnel de la mère, le père a également une grande part de responsabilité .
Rupture de lien
Suite à un évènement douloureux ou traumatique pour le parent, l’embryon perd le lien avec sa mère ou son père.
Dans la suite de l’article, je vais prendre cet exemple de rupture de lien, avec une mère dont le père décède d’un accident de voiture alors qu’elle arrive en milieu de grossesse (4 mois).
Je détaillerai d’autres empreintes dans des articles ultérieurs.
Ces empreintes sont les plus emblématiques de la période, mais il n’y a bien sûr aucune limite aux mémoires que l’on peut retrouver. Parmi d’autre empreintes fréquentes, on trouve : la conception de notre première cellule, autrement dit la rencontre de l’ovule et du spermatozoïde, l’arrivée de l’embryon dans l’utérus, les parents qui font l’amour, ou encore le moment juste avant la naissance.
Pourquoi s’intéresser à la vie intra-utérine ?
Une croyance ancienne et profonde…
Avant d’avoir la parole, donc avant 12 à 24 mois selon les enfants, tout ce qu’on pense, ce qu’on ressent, croit… s’inscrit profondément en nous. Car nous n’avons pas pu dire ce qui nous affectait. Imaginez tout ce que vivent les bébés et qu’ils peuvent exprimer, un peu, grâce aux pleurs, aux rires… et bien les fœtus ou embryons expriment encore moins dans le ventre !
Et comme ce qu’on s’est dit à ce moment s’est profondément ancré… cela agit aussi profondément… et depuis très longtemps.
Ainsi dans notre exemple, le fœtus a pu sentir un changement brutal. Imaginons que jusque là la mère avait une grossesse idéale. Très présente à son futur enfant, lui parlant. D’un coup, avec la perte soudaine de son père qu’elle aimait énormément, elle n’est plus disponible pour son futur bébé. Elle est juste sous le choc de la perte. Pour le fœtus, tout devient froid, distant. Il ne ressent plus l’amour dont sa mère l’inondait. Au lieu d’être baigné d’ocytocine, il est plongé dans un océan de désespoir et de tristesse infinie.
Que peut-il se dire, assez logiquement : si je ne ressens plus l’amour, c’est que ma mère ne m’aime plus. Il peut imaginer que c’est parce qu’il n’est pas assez bien. Il peut penser qu’il n’a pas de valeur, par exemple. Et quand il essaie d’attirer l’attention, cela ne change rien. La mère est dans son deuil. Ainsi, il peut s’installer dans une posture défaitiste, tout en gardant au fond une colère contre sa mère pour cet abandon.

… qui agit dans notre vie d’adulte
Devenu adulte, cette croyance de dévalorisation est très agissante : cette femme a peu confiance en elle, en sa valeur. Elle ne se sent jamais à la hauteur. Elle croit toujours qu’elle ne va pas y arriver. Cela impacte non seulement sa vie professionnelle, mais aussi sa vie affective. Malgré ses capacités, elle est sous-payée, à des postes sans grande envergure. Elle est en couple avec quelqu’un qu’elle n’affectionne pas particulièrement, mais au fond ne pense pas mériter mieux.
La colère bien cachée aussi est agissante. Quand, en réunion, son avis n’est pas considéré, il lui arrive d’être au bord de l’explosion. Elle ne comprend d’ailleurs pas cette réaction qu’elle juge exagérée !
Ainsi, retrouver et libérer ce qui s’est joué pour nous quand nous étions dans le ventre de notre mère peut avoir un impact considérable dans notre vie d’adulte.
Ne laisse aucune trace de ta souffrance sur cette terre si tu veux vraiment faire quelque chose pour ce monde. Je suis allé retrouver l’enfant que j’étais et je le ramène et ainsi il n’y a plus aucune trace de ma souffrance …
Christiane Singer
Comment libérer ces mémoires prénatales de la vie intra-utérine ?
Une séance guidée par un objectif et des questions
En séance, de sophro-analyse, le client se laisse guider par son Soi, sa partie supérieure, pour aller retrouver la racine de ses problèmes. Dans notre exemple, la femme a décidé de travailler sur son manque de confiance en soi. La thérapeute lui a fait prendre conscience que le problème majeur de cette non confiance en soi était la dévalorisation. Ainsi l’objectif est bien de retrouver de la valeur, de l’estime de soi.
La première partie de la séance est d’explorer ce qui se vit grâce aux questions du thérapeute. Par exemple, la cliente pourrait faire une séance dans lequel elle se retrouve dans une immense tristesse, avec des sensations de froid. Elle se sent prostrée. En observant son environnement, elle va prendre conscience d’une couleur orangée, d’un environnement assez grand, mais fermé, jusqu’à prendre conscience qu’elle se trouve dans le ventre de sa mère. (Chaque client a ses propres canaux sensoriels : certains vont entendre des mots, d’autres vont voir des images, d’autres vont percevoir des sensations, avec souvent des mélanges de ces différents canaux principaux)
Prises de consciences et libération émotionnelle
La cliente sur le fauteuil revit cette scène en tant que fœtus, sent qu’il n’y a plus de lien avec sa mère. Elle va pouvoir libérer cette tristesse infinie. Il est important de se laisser vivre les émotions du moment, de les libérer dans le bon espace-temps.
L’adulte sur le fauteuil prend conscience que sa façon défaitiste de voir la vie prend racine dans cette scène lointaine. L’adulte voit tous les copier-coller dans sa vie. Elle voit également une origine de sa croyance de ne pas avoir de valeur.
En allant chercher tout au fond d’elle, la cliente fœtus va aussi pouvoir exprimer sa douleur et sa colère à sa mère. Et l’adulte peut comprendre les irruptions de colère quand on ne fait pas attention à elle.
Compréhension et réinterprétation
L’important ensuite est de donner des clés de compréhension de ce qui se vit, de manière à changer les pensées erronées (dans l’exemple : ma mère ne m’aime pas et je n’ai donc aucune valeur).
Par exemple, en déplaçant sa conscience, la cliente voit que sa mère pleure, semble vraiment très triste, désespérée. En captant ses pensées, elle comprend que sa mère vient de perdre son propre père. (Une telle information est d’ailleurs en général vérifiable et connue préalablement du client. Notez que le fait que l’information soit connue du client adulte ne l’empêche pas de retrouver cette tranche du passé. Car ce qui s’est installé l’a été pour le fœtus, et que c’est à ce niveau que la réparation doit avoir lieu.) Donc, avec sa conscience d’adulte, elle peut imaginer le chagrin que sa mère a pu avoir, et que, provisoirement, elle a été incapable de lui accorder de l’attention. Cette compréhension installe déjà du soulagement pour le fœtus.
Et puis, la thérapeute enfonce le clou : est-ce que vous pensez toujours à votre fille quand elle est à l’école ? Non. Est-ce que vous cessez de l’aimer pour autant ? Non plus. L’amour est toujours là. Second et énorme soulagement ! Le fœtus peut de nouveau s’alimenter de l’amour dont il se croyait coupé. Et la thérapeute fait même conscientiser que la mère n’a aucune idée de ce que vit le fœtus, que c’est un être conscient, qui ressent tout. Et que si elle l’avait su, elle aurait pu expliquer ce qu’elle vivait.
Cela change complètement le vécu et la vision du fœtus : il a de la valeur, il ressent l’amour, il a pu libérer les émotions bloquées. Là dans le ventre, il peut sortir de sa prostration car il sait que sa mère l’aime, qu’il a de la valeur pour elle. C’est un nouveau circuit qui se met en place dans le cerveau. Et en laissant revenir ces nouvelles compréhensions et ressources dans l’adulte d’aujourd’hui, alors la vie de la cliente peut changer. Elle peut se projeter en se mettant en mouvement, pleine de valeur. Et peut-être dans l’avenir, en continuant le travail, décider d’aller vers un poste à sa hauteur, ou de choisir un compagnon qu’elle aime… Mais quelque chose dont elle verra probablement rapidement le résultat, c’est de ne plus vivre ces irruptions de colère en réunion !

Résumé
Les mémoires prénatales vécues dans le ventre commencent à être reconnues, ainsi que leurs conséquences dans la vie psychique de l’individu. Elles sont très nombreuses. Des situations vécues fréquentes dont j’ai parlé dans cet article sont la perte d’un jumeau, une croyance de non désir ou une rupture de lien. J’ai pris un exemple de deuil de la mère enceinte pour illustrer les fausses pensées qui peuvent se mettre en place pour le fœtus et impacter sa vie adulte. J’ai expliqué ensuite comment une séance de Sophro-Analyse permet de libérer cette scène du passé, et du coup permet de changer la vie de l’adulte.
Si vous souhaitez en savoir plus sur les mécanismes par lesquels la sophro-analyse est opérative, c’est ici.
Si vous souhaitez libérer votre histoire de tout ce qui a pu être vécu dans le ventre, vous pouvez aller voir l’accompagnement que je propose ici.
Ressources complémentaires :
Petits et grands traumatismes de la vie intra-utérine – Comment s’en libérer ou les éviter de Karine Hury, publié en 2022 aux éditions du Lys Bleu
La sophro-analyse des mémoires prénatales, de la naissance et de l’enfance – Votre Âme aux commandes de Christine Louveau, publié en 2017 aux éditions Grancher
Introduction à la psychologie périnatale de Ludwig Janus, publié en 2015 aux éditions du Souffle d’Or
Pour en parler aux enfants : Les passerelles de Léo de Sylvie Vignacq, publié en 2010